Kaziba : portrait de Bulonza, une fillette enrôlée de force et enceintée dans les rangs de armée

Posté par  Cikuru Kadjunga   à       4 mois ago     68 Views     Laisser vos impressions  

À seulement 13 ans, Bulonza incarne le lourd fardeau de nombreux enfants pris au piège des conflits armés dans la partie Est de la RDC. Son histoire, caractérisée par la violence et la perte d’innocence, s’est écrite en l’espace de trois mois, entre octobre 2025 et janvier 2025. Cela, quelques mois après que la chefferie de Kaziba est tombée sous le contrôle du M23.

Le 2 Octobre. Ce jour-là, tout a basculé. En rentrant de l’école, vêtue de son uniforme bleu et blanc, la jeune fille est interceptée par des militaires.

« Je criais : “Je suis une enfant, laissez-moi rentrer à la maison” », raconte-t-elle, encore bouleversée. Mais, ses paroles n’ont pas suffi. Sa morphologie a semé le doute chez ses ravisseurs.

« Ils disaient que j’avais grandi, que je ne pouvais pas avoir 13 ans … pour eux, j’étais déjà une grande fille », raconte Bulonza.

Comme plusieurs autres jeunes mineurs, elle est emmenée de force en brousse. Trois jours plus tard, la sentence tombe : « On nous a dit que nous étions devenus des soldats, que notre vie d’avant était finie ».

Commence alors une descente en enfer. Formée à manier les armes, Bulonza apprend aussi à survivre dans un environnement inhumain. « J’ai appris à tirer, à tuer sans peur, à cuisiner, à laver leurs vêtements… mais surtout à obéir sans discuter ».

Très vite, elle devient victime de violences répétées. « Chaque nuit, c’était la peur au ventre… plusieurs hommes venaient, souvent drogués, nous faire le rapport sexuel, et on ne pouvait pas dire non. Ils nous forçaient à boire quelque chose comme de l’alcool très fort ».

Dans ce chaos, l’enfant perd tous ses repères. Sans le savoir, Bulonza tombe enceinte. « Je ne savais même pas que j’étais enceinte… je l’ai appris à l’hôpital. Je ne sais pas comment je saurai être mère à mon âge ».

Envoyée sur plusieurs fronts, cette fillette combattante à contre coeur traverse des villages comme Ngando, Kabembe, Muchingwa, Mwerwe, Muhumba, Kashozi, Ntagereka et Bulumbwa, dans la chefferie de Kaziba.

« On nous menaçait de mort si on refusait d’avancer. Alors, je combattais comme un animal féroce… je voulais juste rester en vie ». Peu à peu, elle se transforme malgré elle.

« En peu de temps, je suis devenue une machine à tuer », avoue-t-elle.

Son salut survient en début du mois de janvier 2026 lors d’une attaque aux grenades des militaires Fardc contre un camp proche des civils. Dans la confusion, Bulonza est grièvement blessée.

« J’avais les deux bras cassés, mais j’ai au moins trouvé la force de fuir », dit-elle. Transportée urgemment à l’hôpital général de Kaziba, elle reçoit des soins et découvre l’ampleur de son drame.

Aujourd’hui, Bulonza tente de se reconstruire. Elle porte en elle une douleur qui l’agace, mais aussi un message fort :

« La place des enfants n’est pas dans l’armée, mais à l’école. Beaucoup d’enfants comme moi restent dans les rangs des groupes armés en train de souffrir ». Elle lance un appel poignant aux autorités pour que cessent les violences et que d’autres enfants ne subissent jamais un tel destin tragique.

Alice KAJABIKA

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