Goma: Masisi : les femmes veulent passer du rôle de victimes à celui d’actrices de paix
Les femmes et les jeunes filles sont appelées à prendre davantage leur place dans les mécanismes locaux de paix. À travers un dialogue communautaire organisé par MUMAMA dans la cité de Sake en territoire de Masisi au Nord-Kivu, appuyé par l’Association des Femmes des Médias AFEM, les participantes et les autres acteurs communautaires ont échangé sur les obstacles qui empêchent encore les femmes de participer pleinement à la prévention et à la résolution des conflits.
Dans les communautés du Nord-Kivu, les femmes vivent de près les conséquences des conflits : déplacements, violences, séparation des familles, perte des moyens de subsistance et insécurité. Pourtant, lorsqu’il faut chercher des solutions aux conflits ou discuter de l’avenir de la communauté, leur voix reste parfois peu entendue.
C’est pour parler de cette réalité que MUMAMA, répresenntant le noyau club de AFEM à Masisi, a réuni des femmes leaders, des jeunes filles, des autorités et des acteurs locaux de paix autour d’un dialogue communautaire consacré à l’inclusion et à la participation des femmes et des jeunes filles dans les mécanismes locaux de paix.
« Nous ne voulons plus seulement être considérées comme des victimes « , fustige une des participants.
Au cours des échanges, les participantes ont expliqué que les femmes sont souvent présentes dans les communautés lorsqu’il faut faire face aux conséquences des conflits, mais qu’elles sont moins nombreuses lorsqu’il s’agit de prendre des décisions concernant la paix et la sécurité.
« Les hommes s’occupent des questions de la paix pendant que les femmes et filles ne sont que des cibles et victimes des conflits », répond un jeune participant à la question du rôle de la femme et la fille au processus de paix.
Pour les participants, cette manière de faire doit évoluer. Les femmes ne doivent pas seulement être consultées après les conflits. Elles doivent également être présentes avant que les tensions ne deviennent des conflits, dans les espaces où les décisions sont prises.
« Dans le processus de paix, si la femme passe devant, nous aurons une paix durable », précise un cadre de base présent à ce dialogue.
À Sake, les femmes identifient les obstacles et cherchent des solutions
Les échanges ont permis de revenir sur les difficultés qui limitent la participation des femmes et des jeunes filles. Parmi elles figurent les normes sociales et culturelles, le manque de représentation dans certaines structures de décision, l’insuffisance d’espaces où les femmes peuvent s’exprimer librement, mais aussi les contraintes économiques et sécuritaires.
Pour certaines participantes, il ne suffit donc pas d’inviter les femmes à une réunion. Il faut aussi leur donner une véritable place dans les mécanismes où se prennent les décisions.
Les jeunes filles, elles aussi, doivent pouvoir faire entendre leur voix. Leur participation est importante, car elles connaissent les réalités de leur génération et peuvent contribuer à prévenir les tensions dans les familles, les écoles et les communautés.
Les participants ont été amenés à partager leurs expériences, à identifier les obstacles, puis à réfléchir à des solutions concrètes.
Parmi les pistes proposées figurent le renforcement de la sensibilisation, l’implication des femmes dans les structures locales de paix, le renforcement de leurs capacités et la création d’espaces de dialogue plus inclusifs.
Des engagements pour que la parole devienne action
Au-delà des discussions, l’ambition de l’́Association des Femmes des Médias AFEM, à travers MUMAMA est de faire émerger des actions réalisables au niveau communautaire.
L’idée est que les femmes ne repartent pas seulement avec des connaissances, mais aussi avec des engagements et un plan d’action visant à participer davantage aux mécanismes locaux de paix, sensibiliser d’autres femmes et jeunes filles, collaborer avec les autorités et les leaders communautaires et contribuer à la prévention des conflits, a fait savoir Rose Mathe, Point Focal de AFEM au Nord-Kivu.
« Pour les communautés de Masisi, cette participation est particulièrement importante. Une femme qui participe à un dialogue peut transmettre l’information à d’autres femmes. Une jeune fille qui apprend à prendre la parole peut, à son tour, devenir une actrice dans sa communauté » affirme Kurusumu Charlotte, présidente du noyau club d’écoute de Masisi et Coordonnatrice de l’organisation à base communautaire MUMAMA.
A elle de poursuivre : « la paix ne se construit pas seulement dans les grandes salles de négociation. Elle se construit aussi dans les quartiers, les familles, les villages et les espaces communautaires où les femmes et les jeunes peuvent faire entendre leur voix »
À Sake comme dans d’autres communautés du Nord-Kivu, le défi est de transformer cette parole en actions, afin que les femmes et les jeunes filles soient reconnues non seulement comme des personnes affectées par les conflits, mais aussi comme des actrices, des médiatrices et des bâtisseuses de paix.
Rédaction
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